Je ne sais pas si ce sont les règles ou le yoga, mais ce matin, je me suis profondément rendormie après la sonnerie de mon réveil et ça m'a flanqué d'entrée de jeu une demi-heure de retard dans les dents. Or une demi-heure, c'est assez chaud à rattraper, comme retard. Pendant quelques instants, j'ai même cru que je n'y arriverais pas.

C'était compter sans LA nouvelle du jour, ou plutôt la nouvelle de la nuit puisqu'il paraît que c'est pendant la nuit qu'elle est tombée, permettant ainsi à Libé de changer sa couverture in extremis - ce qui lui donne une chance inespérée de coller un peu à l'actualité et qui sait, peut-être que ça sauvera sa situation financière. Ou pas.

La nouvelle, vous la connaissez, elle a laissé les Français ébahis au réveil (et d'autant plus ébahis que le réveil, c'était mon cas, était plus tardif) :

Lionel Jospin a décidé de se retirer de la course à l'investiture pour la candidature socialiste aux élections présidentielles de 2007.

Dit comme ça, ça fait coup de tonnerre.
Ca le fait nettement moins si l'on se souvient qu'il y a quatre ans et demi, en d'autres circonstances, Nono a déjà dit quelque chose de semblable. (Oui, je l'appelle tendrement "Nono" depuis l'époque où il représentait les espoirs socialistes et, on l'oublie trop souvent, la victoire socialiste. Il a quand même été premier ministre pendant cinq ans, Nono. Sous la Ve République, c'est une belle longévité.)

A l'époque, le premier tour de la présidentielle venait d'avoir lieu et voir la tête de Le Pen s'afficher sur l'écran du journal télévisé en lieu et place de celle, logiquement attendue, de Nono, n'a pu satisfaire que deux catégories de personnes : 1. les partisans de Le Pen, 2. les éternels révolutionnaires mécontents qui estimaient qu'au moins, ça allait créer un électrochoc profitable dans le douillet petit monde politique si sûr de lui et que c'était un beau coup de pied au cul de tous ces néolibéraux mous du genoux que sont en fait les responsables du PS, etc, etc.
L'électrochoc fut en effet considérable : Chirac en tête pour cinq ans de plus, accompagné successivement de deux premiers ministres pour le moins décevants, eux aussi désavoués par les Français - le non au référendum européen de mai 2005 et les manifestations anti-CPE du printemps 2006, pour ne citer qu'eux -, pendant que Sarkozy fait son petit bonhomme de chemin (sans mauvais jeu de mots, monsieur le ministre) et risque bien de nous faire le coup de la pochette surprise (ou pas si surprise que cela) dans un petit peu plus de six mois.

D'aucuns diront que ce résumé est pour le moins succinct et lapidaire, et c'est vrai ; mais je ne suis pas chroniqueuse politique et je tiens juste à rappeler que la dernière fois que Nono s'est retiré de la course, il a laissé derrière lui un PS exangue, désorganisé, sans figure assez charismatique pour reprendre le flambeau et réaliser le rassemblement immédiatement. D'ailleurs, le nombre des candidatures socialistes à l'investiture - on en connaîtra le chiffre exact dans quelques jours, mais tout laisse supposer qu'il sera plutôt élevé pour un seul et même parti - est probablement une autre conséquence de cette retraite en coup de canon.

Alors quoi, est-ce que je regrette qu'il fasse machine arrière cette fois-ci ? Est-ce que je pense qu'il était le seul espoir de victoire du PS, devant Ségolène Royal, devant Fabius, devant Strauss-Kahn et tous les autres ?

Non, pas du tout. J'aurais plutôt tendance, sincèrement cette fois, à lui dire merci. Merci de ne pas rendre les choses encore plus compliquées qu'elles ne sont. Merci d'arrêter de jouer le jeu des anti-Ségolène du parti qui brandissent bien haut son absence de programme politique - comme s'ils en avaient un, eux - pour justifier une opposition radicale qui, à ma connaissance, n'a pas d'autre raison réelle que le fait qu'elle soit une femme ET qu'elle soit sérieusement en passe de l'emporter sur eux. Merci de retourner sur l'Ile de Ré, Nono, de t'occuper de ta maison et de te balader sur la plage ; nous nous sommes passés de toi pendant quatre ans, nous continuerons bien comme ça.

Oh, je sais, Nono n'a pas l'intention de la boucler complètement. Il préfère occuper le poste du vieux maître de sagesse, de la vieille autorité morale à laquelle on se réfère en s'inclinant. Pas sûr que tout le monde veuille lui laisser jouer ce rôle, mais bon. Le pire serait qu'il soutienne ouvertement quelqu'un avant l'investiture socialiste. Je veux dire, qu'il garde son temps de parole pour soutenir le ou la candidat(e) du PS quand il ou elle sera désigné(e), point. Un peu d'unité pour une fois, que diable.

En fait, je crois que Nono a peur d'y aller quand il sait qu'il ne peut pas gagner. 2002, vexé qu'on lui ait préféré le gros con, il va faire des pâtés de sables, na. 2006, craignant qu'on ne lui préfère la brindille au programme flou, il passe cette année au château fort en bord de mer, du genre que la première vague recouvre et érode et qui finit en monticule humide surmonté d'un pauvre coquillage.

Tant mieux, Nono. Je t'aimais bien quand on pouvait compter sur toi ; mais aujourd'hui, je pense que tu as raison, c'est toi qui ne peux plus compter sur personne. Et tu ne peux t'en prendre...