Ménille Avénale

Pas de ligne éditoriale. Pas d'objectif commercial. Pas d'intérêt vital. Par Ménille Avénale

lundi 23 octobre 2006

Quelques réponses au précédent

Puisque parfois, on a la flemme d'aller fouiller dans les commentaires pour trouver la réponse à celui qu'on a laissé (quand on se souvient qu'on en a laissé un) (parce qu'il y a des gens qui commentent bourrés) (eeeeeh ouaaaais), je remets ici la vaste réponse que je viens de laisser aux comms du post précédent.

Bien sûr, la discussion continue, que vous souhaitiez rebondir sur un des thèmes abordés ou en lancer un nouveau, que ce soit ici ou sur le post d'hier.

**********

Eph'K : honnêtement, je ne vois pas tellement sur quoi repose cette idée (cf. aussi le commentaire de Krazy Kitty, un peu plus bas que le tien). Je veux dire que oui, beaucoup de mères juives sont possessives, étouffantes, ultra-protectrices et quelque peu envahissantes... comme beaucoup de mères africaines, catholiques, italiennes, chinoises ou aborigènes, je suppose. (Bon, peut-être cela est-il plutôt valable pour une culture occidentale où l'on a tendance à considérer que les enfants restent enfants longtemps et que l'initiation qui les mènera à l'âge adulte est longue et très progressive.) Il y a aussi des mères juives qui sont froides et peu concernées par l'avenir de leur progéniture !... (J'en connais.) Je ne crois donc pas que la mère juive soit particulièrement plus "chiante" qu'une autre. L'histoire juive étant faite de déplacements, de dangers, de séparations, peut-être l'image de la mère, dépositaire des traditions ancestrales et repère stable dans un monde parfois mouvant, a-t-elle acquis cette sorte d'aura mythique qu'elle a moins dans d'autres communautés... et encore... Je ne sais pas, j'essaie de voir d'où ça vient mais honnêtement, c'est avec réserve(s).

Louis : ah ouéééé, si ça se trouve, la création de mon pseudo est directement liée aux clichés qui pèsent sur moi en tant que juive !... Waow, tu devrais être psy. A propos d'Israël : tu imagines que c'est une question extrêmement complexe, je ne suis d'ailleurs pas compétente pour la traiter exhaustivement. Pour faire simple et rapide (et peut-être pour lancer la discussion plutôt qu'apporter une réponse tranchée à une question si vaste), je dirais que :
- si on estime que seuls le lieu ou les conditions de création de l'Etat d'Israël sont illégitimes, non, ça n'a rien d'une assertion antisémite. On peut juste remettre en cause la façon dont l'Etat fut créé (et, tu t'en doutes, tout ne fut pas fait selon le droit et la justice les plus implacables), tout en reconnaissant sans problème son droit à exister. Ca me paraît même être une réflexion légitime sur des événements qui, désormais, appartiennent à l'Histoire.
- si on estime que c'est l'existence même d'Israël qui est illégitime et que s'il avait été créé ailleurs ou autrement, ou s'il n'était jamais en guerre, bref, si c'était une sorte de pays idéal et parfait ne gênant personne et n'engageant jamais aucun conflit, ça ne changerait rien et qu'il serait quand même illégitime, cela, oui, ça me paraît être un propos antisémite. Les Juifs sont un peuple, quoi qu'on y fasse. (ET une communauté religieuse. C'est très complexe.) Et comme tout peuple, ils ont droit à l'autodétermination et à la souveraineté sur leur propre destin, dans les frontières d'un pays qui soit le leur. Leur refuser ce droit, c'est leur refuser les droits fondamentaux qu'ont les autres peuples (c'est l'injustice faite aux Palestiniens et aux Kurdes, par exemple) : au nom de quoi ?... d'une différence de nature, consubstantielle, entre les Juifs et les autres peuples ? Je ne connais pas d'autre nom pour cela que "antisémitisme".

Junko : pour la mère juive, je répondais sur ce sujet à Eph'K, juste au-dessus. Oui, ça m'intéresserait énormément de connaître les références de ce livre !... Il m'a l'air à la fois drôle et ambitieux (le fait d'aborder un sujet aussi sérieux), j'aime bien ça. A propos des clichés véhiculés par des personnes non antisémites, et qui sont probablement de très bonne foi, on les retrouve à propos de tout le monde : tu sais que beaucoup de gens "non racistes" pensent que les Arabes ont plus tendance que d'autres à se montrer irrespectueux des personnes et des principes... Rien ne fonde cette idée, si ce n'est une attention particulière portée aux manques de respect venant des Arabes. En fait, il me semble qu'il existe un fond commun, une espèce de corpus populaire de clichés plus ou moins graves, que nous activons, réactivons et diffusons sans même, souvent, nous en rendre compte. L'idée, c'est alors de lutter contre ces clichés, de les démonter un à un, sans agressivité, avec juste un souci intellectuel et raisonnable... jusqu'à ce que ton papa et tous les autres finissent par se dire "Mais oui, tiens, c'est vrai ça, finalement ça ne veut rien dire" ! ;-)

Krazy Kitty : ... et Pascal Obispo, hein ?... Tu y penses à Pascal Obispo ? Est-ce qu'il est juif, lui, hmmmm ? Ha ! C'est un vrai sujet, ça, hein !

Mlle K. : merci pour ces quelques exemples de clichés qui nous rappellent que peu de choses sont aussi universelles que la méconnaissance et les a priori !... A propos de l'humour juif, je pense qu'il y a deux choses à dire pour expliquer sa particularité. La première, c'est qu'encore une fois l'histoire du peuple juif est assez tourmentée pour que l'on réagisse "à chaud", et souvent par le rire plutôt que par la plainte. Il y a donc une espèce de soupape de sécurité à rire de soi-même et des autres membres de la communauté quand on est dans une situation précaire. Deuxième chose : je crois que les Juifs sont conscients des clichés qui circulent sur eux - ils sont bien placés pour cela, on les leur envoie assez souvent à la figure. Donc ils les reprennent et les tournent en dérision. La définition de l'humour, c'est de savoir rire de soi, ce qui est souvent beaucoup moins facile que de rire d'un autre.
Par exemple, quand on dit que les Juifs sont communautaristes et ambitieux. Connais-tu cette blague ?...

C'est un Juif qui lors d'un naufrage, a échoué sur une île déserte. Une sorte de Robinson Crusoë, donc. Il est absolument seul pendant dix ans et au bout de ces dix ans, un navire passe, l'aperçoit sur le rivage et s'approche de lui pour le recueillir. Il fait visiter son île aux marins qui sont impressionnés par sa petite organisation : "Là, c'est ma maison... Là, l'enclos pour mes chèvres... Ici mon radeau pour la pêche... - Et là (demande un marin), ces deux bâtiments identiques sur la plage, qu'est-ce que c'est ? - Ce sont des synagogues. - Quoi ? (Les marins sont pris de fou rire.) Deux synagogues identiques pour toi tout seul ?... - Bien sûr ! (répond le naufragé.) Parce que celle-ci, c'est la synagogue que je fréquente... et l'autre, c'est celle où je ne mettrai jamais les pieds, JAMAIS, tu m'entends !"

Louis bis : ah oui, très fort, hin hin. Manquerait plus qu'il soit "fils de" (de qui, je me le demande mais à la limite, ça n'est pas mon problème).

Posté par Menille à 13:46 - Vaste monde - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

ahhh, ménille... que je t'aime bien, toi.
(et sinon t'as aussi: mais pourquoi tu soutiens israël, piske T'ES PAS JUIVE??? hum?

Posté par julie, lundi 23 octobre 2006 à 23:26

J'oubliais : « Mais tes grands-parents, ça les choque pas, que ta mère soit pas juive ? ». Non. Mes grands-parents sont tolérants, EUX. Ils n'ont pas d'a priori con sur les peuples, les cultures où les religions, EUX.

Posté par Krazy Kitty, mardi 24 octobre 2006 à 23:26

Dans la série, une petite anecdote qui m'a scotché, mais avec des vrais bouts de morale dedans. Il y a quelques mois je me trouvais dans une salle d'embarquement, attendant patiemment mon avion. Une mère et son adolescent boutonneux de fils arrivent et s'installent directement en face de moi, et sont suivis de peu par un gars portant une kippa. Le gars s'assied à côté de moi face aux deux autres, sort son écharpe et sa torah et se met à étudier. Au bout d'un moment, une querelle éclate entre l'ado de 17 ans qui veut de l'argent pour acheter un jeu de Play Station en duty free, et sa mère qui refuse. Et l'ado ulcéré de se mettre à bramer : 'Mais bordel, fais pas ta juive !!!'

Silence de mort dans le terminal. La gars à côté de moi a levé les yeux, haussé les épaules et replongé le nez dans sa lecture. La maman est devenue violette, et l'ado très pâle après avoir réalisé ce qu'il avait dit. Ils se sont levés tous honteux et se sont excusés auprès de mon voisin.

Le genre de morale qui me ravit, et que l'ado n'oubliera pas de sitôt.

Posté par Crocodoc, jeudi 26 octobre 2006 à 08:32

Julie, Krazy Kitty et Crocodoc

Julie : Julie, Julie, voyons. Tu sais bien qu'Israël étant un pays sanguinaire, un Etat-voyou et colonisateur assoiffé de haine et de pouvoir, il n'y a que les Juifs pour le soutenir !

Krazy Kitty : en effet, tes grands-parents sont intelligents. De nombreux Juifs sont comme eux, complètement indifférents à la religion de leur belle-fille ou de leur gendre.

Crocodoc : c'est énorme !... Je pense en effet qu ça lui servira de leçon longtemps !... Ce qui est intéressant, c'est la confrontation d'une expression basée sur un cliché et finalement vidée de son sens puisque manifestement l'ado l'emploie de manière systématique, sans probablement d'intention antisémite "active", disons, avec la réalité (cet homme qui prie sans embêter personne).

Posté par Ménille Avénale, dimanche 29 octobre 2006 à 11:11

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