Je suis un peu comme tout le monde (puisque je vous le dis) ; j'ai, dans mon armoire, quantité de vêtements qui sont encore en bon état parce que je suis quelqu'un de soigneux, mais que je ne porte pas parce qu'ils ne sont plus à la mode, ne me plaisent plus (voire ne m'ont jamais tellement plu) ou ne correspondent tout simplement plus à la façon dont je m'habille (tout ce qui relève par exemple du look "éternelle étudiante" dont je suis un peu revenue. Finalement).

Parfois, comme j'éprouve quelque scrupule à ne pas donner une seconde chance à ces laissés-pour-compte, je les porte quand même. C'est alors encore pire : je me sens laide, moche et paysanne. Surtout si je croise l'une de ces filles, vous savez ? de celles qui sont impeccables du sommet de la tête à la pointe des pieds en ayant juste l'air d'avoir enfilé ce qui leur tombait sous la main. Là, je me le dis tout net (et en silence, je ne peux me permettre d'étaler au grand jour mes petits colloques personnels) : "Ok, ma fille, tu as définitivement l'air d'un sac."

Donc, il faut faire quelque chose. Et le faire vite. Ces vêtements ont droit à une vie digne de ce nom et j'ai droit à une silhouette digne de ce nom. La situation peut paraître explosive et sans issue, mais je suis convaincue du contraire et je veux oeuvrer pour la paix.

Je me suis donc trouvé un médiateur : l'Armée du Salut. J'ai supposé - un peu vite, peut-être, mais enfin je l'ai supposé - que l'Armée du Salut ramassait les vieux vêtements et qu'un gros sac bourré à craquer de pièces propres, en excellent état et pour certaines de très bonne qualité, l'intéresserait.

Je dois avouer qu'il y a une certaine culpabilité à se dire : "Je considère que des vêtements qui ne sont plus assez bien pour moi (et pas pour des questions de taille, hein) seront encore assez bien pour d'autres." Comme si ces autres avaient un niveau d'exigence inférieur au mien au simple motif qu'ils ne peuvent se permettre financièrement d'avoir le même. Ce n'est pas à proprement parler une idée confortable et j'en viens à me demander si ce principe, donner ses vêtements au lieu de les jeter parce qu'ils "peuvent encore servir", n'est pas davantage une façon de me tranquilliser qu'une véritable bonne action.

En même temps, bonne action, ne rêvons pas. Je n'ai jamais été très branchée humanitaire. Je sais donner en fonction de mes moyens mais je ne peux pas dire que je me sente hyper-concernée par la pauvreté en France. Je passe trop de temps à me demander comment je vais assurer mon propre avenir - mon CDD prend fin en août prochain - argggghhh - pour en avoir à consacrer à l'avenir des autres. C'est probablement un tort, et j'y viendrai peut-être un jour.

Mais pour l'heure, savez-vous quelle fut ma première pensée qand j'eus fini de remplir mon gros sac et que quelques piles de mon armoire s'en trouvèrent sérieusement allégées ?...

Chouette, je vais devoir pouvoir aller faire du shopping.

Foutue société de consommation, va. J'ai honte.


Pour rester dans le ton, l'une de mes chansons favorites - et fort injustement méconnue - d'une icône de la société de consommation. Monte un peu le son, c'est... différent.