Là, je suis mal. Mal à l'intérieur. Mal à l'aise, triste, fâchée. Perplexe. Inquiète. Vraiment mal.

Israël a évacué le bande de Gaza en août dernier ; depuis des semaines, malgré l'absence de soldats et de civils israéliens dans le coin, des roquettes sont envoyées quotidiennement de Gaza en direction des territoires israéliens les plus proches. Roquettes auxquels Israël répond en envoyant à son tour des missiles. Il y a de la peur et de la lassitude dans les deux camps, mais les morts sont du côté palestinien. Première erreur. Le terrorisme palestinien n'a pas cessé même si les chiffres des attentats sont en baisse nette. L'enlèvement d'un caporal israélien de 19 ans - je rappelle qu'à cet âge-là, en Israël, on fait son service militaire, on n'est donc pas engagé volontaire, et surtout on n'est pas engagé à vie - n'est pas précisément la cause du raid israélien de ces jours-ci ; c'est le déclencheur et le catalyseur, peut-être, mais le raid vise en fait à faire cesser les tirs de roquettes.

Le raid en soi-même est une erreur. On n'envoie pas des tanks sur des villes entières, quelles que soient les destructions occasionnées, sous prétexte de retrouver un seul soldat, même si l'on craint que ce soldat ne soit assassiné comme l'ont déjà été ses deux camarades et le jeune homme de 18 ans retrouvé mort ce matin. L'armée était massée depuis plusieurs heures au seuil de Gaza quand le Hamas, prenant tout le monde de court, a signé l'accord interpalestinien rédigé par des chefs terroristes emprisonnés en Israël et comportant implicitement - oui, implicitement, on parle quand même du Hamas, pas de la Croix-Rouge - la reconnaissance, non pas à proprement parler de l'Etat d'Israël comme on le dit souvent, mais d'un Etat à côté de la Palestine selon les frontières de 1967.

Cet accord est un progrès énorme de la part du Hamas, et finalement, peu importe qu'il ait fallu une menace militaire intense pour y parvenir. Maintenant, il est là.

Et Israël, sans presque en tenir compte, lance sur Gaza ses tanks et arrête huit ministres palestiniens, vingt députés et une quarantaine de responsables divers issus du Hamas et des élections législatives de janvier dernier.

Je ne vais pas commencer à clamer les grand mots de droit international, respect de la démocratie etc. Israël est une démocratie et le droit international vaut essentiellement dans des situations "normales" ; mais le Proche-Orient est en guerre et si arrêter des ministres est illégal, alors enlever un soldat l'est aussi, alors tirer des missiles l'est aussi, alors tirer des roquettes l'est aussi, etc, etc. Je ne suis pas sûre qu'il soit très utile de se jeter ses torts à la tête comme des enfants dans la cour de récréation. Ca fait soixante ans que ça dure, et ce conflit a encore de très beaux jours devant lui. Quant aux hommes, eux...

Bref. Quelles que soient les raisons que l'on peut avancer pour justifier cette opération - je les connais et je sais qu'elles se défendent, qu'elles reposent même sur des principes avec lesquels je suis entièrement d'accord -, elle est, en elle-même, une régression. L'annulation de toutes les avancées récentes, de la victoire de Kadima, des espoirs de normalisation du Hamas et des espoirs de paix tout court.

Et merde.