Ménille Avénale

Pas de ligne éditoriale. Pas d'objectif commercial. Pas d'intérêt vital. Par Ménille Avénale

mardi 10 octobre 2006

Comment passer une mauvaise journée, en 8 instructions essentielles

1. avoir mal dormi. Porte directement au moral, met dans un état de fatigue physique et de lassitude complète dès le matin. Anéantit également toute envie de se battre, de se montrer énergique, de vaincre les obstacles qui ne manqueront pas de se présenter, etc.

2. avoir déjà une mauvaise journée derrière soi. Permet de continuer sur la lancée looseuse de cette dernière, surtout que le fait d'avoir mal dormi (voir instruction n° 1) ne fournit pas la coupure nécessaire à la régénération des cellules et à l'annulation de la loose de la veille.

3. être en début de semaine, idéalement un mardi : permet d'avoir déjà vécu un lundi pourri (voir instruction n° 2) et d'avoir encore devant soi plusieurs journées décourageantes au lieu de se reposer sur la pensée réconfortante de l'approche du week-end. Le vendredi et même le jeudi sont donc à bannir catégoriquement.

4. peu voir son/sa compagnon/compagne. Rend triste et vaguement cafardeux. Permet également de se demander pourquoi on profite si peu l'un de l'autre depuis que l'on vit ensemble alors qu'on se voyait tout le temps quand on était encore entre deux appartements (pensée particulièrement efficace pour se ménager une très mauvaise journée).

5. être en retard dans son travail et aussi, éventuellement, en retard au travail. Ajoute un découragement intéressant à celui déjà généré par la mauvaise nuit, la première mauvaise journée et la perspective d'une dure semaine (voir instructions n° 1, 2 et 3).

6. être victime d'une grève des transports en commun (idéal pour bien accomplir la seconde partie de l'instruction n° 5, avec en bonus un supplément non négligeable de rancoeur et de sentiment d'impuissance). (En cas d'absence de grève ce jour-là, ce qui, avouez-le, serait vraiment jouer de malchance, suivre scrupuleusement l'instruction n° 1 devrait permettre de doubler le temps de préparation matinale et d'arriver aux mêmes effets.)

7. recevoir quelques mails exigeants vous demandant de consacrer plus de temps que vous n'en avez à une activité extra-scolaire/professionnelle à laquelle vous donnez déjà beaucoup. (La nature de cette activité est au choix de l'intéressé.) Permet de passer de longues minutes à répondre à ces mails (idéal pour bien accomplir la première partie de l'instruction n° 5) en défendant ses prérogatives, notamment son droit à avoir quelques loisirs dans la semaine (crée un fort sentiment d'agression et d'insécurité, idéal pour broyer du noir et devenir paranoïaque), tout en sachant que ces arguments ne seront pas entendus (renforce le sentiment d'impuissance et la rancoeur déjà évoqués dans l'instruction n° 6).

8. avant de traverser une rue sur la zone a priori sécurisée d'un passage piéton, s'assurer qu'une voiture approche excessivement vite et n'envisage manifestement pas de réduire son allure. Permet au/à la conducteur/trice de ce véhicule de klaxonner intempestivement comme s'il/elle ne savait pas ce que c'était qu'un passage piéton. Lui donne aussi l'occasion d'insulter en ces termes par la portière le piéton imprudent qui s'est cru en droit de respecter, lui, le code de la route : "Grosse pute" (sauf exceptions, cette insulte ne concerne que les femmes. Si vous êtes un homme, faire confiance aux connaissances et à l'imagination débordante de l'automobiliste pour trouver une expression plus adéquate).

**********

Ce protocole est rigoureusement infaillible. Si, après avoir suivi toutes ces instructions, vous ne passez pas une mauvaise journée, c'est que vous avez négligé une étape ou sous-estimé son importance. Nous vous recommandons de retenter l'expérience avec davantage de soin, jusqu'à la réussir complètement.

NB. Chez certains sujets sensibles, il pourra suffire de suivre quelques-unes de nos instructions (par exemple trois, quatre ou cinq d'entre elles) pour passer une mauvaise journée. Nous attirons toutefois votre attention sur le fait que multiplier les instructions permet d'augmenter d'autant les chances de réussite de l'expérience et vous encourageons à vous y mettre dès maintenant.

9. (instruction subsidiaire, non essentielle mais tout à fait efficace en cas d'oubli d'une des sept autres) perdre le contenu de votre post du jour au moment de le publier sur votre blog. Pour la bonne réussite de cette instruction, prévoir d'avoir passé beaucoup de temps à rédiger et peaufiner ce post : augmente d'autant la rage et la colère.

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Thank you Sskizo once more.

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lundi 9 octobre 2006

Pragmatique, ter

Puisque vous vous posez la question - et je sais que vous vous la posez - des suites de cet épisode, je tiens à vous signaler qu'en ce moment, Fiancé fait de réels progrès.

Ce matin, en effet, j'ai trouvé un rouleau de papier hygiénique vide non pas sur la tablette de la chasse d'eau comme naguère, mais par terre, à quelques centimètres à peine de la poubelle (sa destination ultime, faut-il le rappeler, que je suis pour l'instant la seule des deux à atteindre).

Nous sommes sur la bonne voie. Encore un coup ou deux, et je pense qu'il arrivera à le mettre dedans. Ce jour-là, j'aurai le sentiment d'avoir accompli quelque chose de vraiment utile dans ma vie.

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Un peu de poésie dans un monde de... chiottes. Photo : Vladu

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mardi 26 septembre 2006

On veut toujours ce qu'on n'a pas

Ce que je voulais faire ce week-end et que j'ai fait : mener à bien toutes les tâches que l'on m'avait confiées contre mon gré. Ensuite, passer la main parce que je ne peux pas non plus continuer à ce rythme pendant des semaines. Fêter solennellement le début de l'année chez une amie, rien qu'entre filles. Y apporter ma recette de cheesecake fétiche. Nettoyer la cuisine et la salle de bains à fond. Dormir. Dormir. Dormir. Dormir. Dormir. Dormir...

Ce que je voulais faire et que je n'ai pas fait : nettoyer le séjour, le couloir et la chambre à fond (finalement, Fiancé et moi avons décidé de le faire le week-end prochain, c'est donc réglé). Changer la litière du chat (finalement, je l'ai fait hier, tout va donc très bien). Repasser (finalement, j'ai reporté à la prochaine fois). Me faire les ongles (finalement, j'ai reporté à je ne sais pas quand). Me faire une petite séance de yoga perso (m'en fous, mon cours a lieu mercredi, c'est très bientôt). Surfer sur le Net (impossible : maintenant, ma ligne est tout bonnement coupée, même le téléphone fixe ne fonctionne plus. Si vous saviez d'où je blogue...).

Ce que je n'avais pas prévu de faire et que j'ai fait quand même, parce que j'aime vivre dans le risque : dîner vendredi soir avec quatre garçons - un Américain, un homosexuel, un homme marié et un consultant impossible à faire taire - au lieu de rentrer manger chez moi tranquillement en discutant avec Fiancé (qui, lui, avait déjà dîné. Non, c'est important comme détail).
Bon, je ne dis pas qu'il l'a complètement bien pris, mais en même temps, il s'en fout un peu parce qu'il sait me faire confiance. Et j'avais un grand besoin de sortir et de faire tout à fait autre chose après la semaine et la journée épuisantes que je m'étais tapées.
Du reste, personne, ce soir-là, ne m'a draguée. Je crois (je ne comprends pas toutes les nuances de l'américain).

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jeudi 21 septembre 2006

Quelques instants de calme dans un monde d'exploiteurs

Psssst, les enfants, c'est hier soir qu'a eu lieu mon premier cours de yoga. Le premier de ma vie. Ca se fête. Il existe même une bénédiction spéciale pour les premières fois, c'est dire si ça compte.

J'en suis revenue complètement séduite et enthousiaste (ne reste plus qu'à signer un chèque de 240 euros, une bagatelle, pour officialiser mon inscription annuelle). Les quelques minutes de relaxation sur lesquelles se finit la séance sont un vrai bonheur : j'ai eu l'impression de m'enfoncer dans le sol et inutile de dire que le soir, je me suis endormie comme une masse.

D'ailleurs les effets sont remarquablement durables parce que ce matin, j'ai eu un mal de chien à ouvrir les yeux.

Il faut dire que j'avais un rendez-vous à huit heures et demie, et vous savez quoi ?... Ce n'est même pas héroïque, c'est juste faisable. Ca donne envie d'arriver au boulot tous les jours à cette heure-là. Et puis les rues sont très animées à huit heures et demie du matin, surtout quand on descend du tram devant une école primaire. Je me suis dit que c'était quelque chose que nous ne connaissions pas encore, ça, déposer les enfants à l'école tous les matins ; mais que le jour où ça commencerait, on en aurait pour des années.

Bonheur.

En ce moment, je suis un peu le PDG de ma vie. C'est assez important pour être signalé. Les projets s'accumulent, les responsabilités aussi, il y en a même qui me tombent dessus alors que je n'avais rien demandé et que, pour être tout à fait franche, j'estime que c'est à d'autres que moi de les prendre. Et puis bon. Je fais. Et je fais assez bien, parce que l'idée que ça pourrait être raté m'est plus insupportable que la charge de travail supplémentaire.

Sacrée bonne poire, quand même.

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Photo : Chema Madoz

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lundi 11 septembre 2006

La détresse du corps

Je n'ai pas du tout envie de reprendre.

J'ai peur du malaise. J'ai l'impression de le sentir déjà. Je mesure en pensée la pression du jean sur mon ventre, la température ambiante, le taux d'irritation des organes, et tout de suite, la tension monte et le coeur bat nettement plus vite.

Par contraste, je repense au week-end qui vient de s'écouler comme à un moment merveilleux, ensoleillé et apaisant. Je sais que vient un temps, quand le malaise s'est bien installé, où chaque instant de répit, chaque soirée, chaque heure passée chez soi, dans l'abri familier et rassurant de sa solitude, apparaît comme une bénédiction, et qu'aux pires moments de crise on s'en souvient avec tristesse, comme on se souviendrait d'une mère qui nous aurait abandonné. Parce que c'est ça, la crise ; c'est un instant où le monde nous abandonne à nous-même, enfermé dans notre corps comme dans un cachot, et où plus rien ne compte que les tortures que l'on subit dans ce cachot.

Il y a eu des périodes dans ma vie où ça se produisait tous les jours. Tous les jours. Pas forcément toujours à la même heure. Et où tous les jours, je rentrais fatiguée, déprimée, vidée de mes forces, assaillie par les larmes et persuadée que ça se reproduirait. Effectivement, ça se reproduisait. Ca s'est reproduit chaque année, jusqu'à il y a trois ans. Je pensais en être définitivement débarrassée désormais.

Finalement, le malaise m'a rejointe et une fois de plus, tout tourne autour du centre de mon corps, de ses torsions, de ses éclats. Je peux chercher des causes à l'infini ; il n'y en pas d'autre que la tête. Je peux aussi chercher des solutions ; j'en ai déjà testé beaucoup et je sais que pour ainsi dire, il n'y en a pas. Du tout. Je sais que le malaise peut impunément détruire mes journées de travail, me gâcher la santé, le moral et la vie sans que personne soit capable de me dire comment le contrer.

Je voudrais juste quitter la prison. La quitter pour toujours, et que jamais elle ne me retrouve.

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jeudi 7 septembre 2006

Pragmatique, bis

Bon, ben puisqu'on est dans les toilettes, restons-y.

Quelqu'un peut-il m'expliquer POURQUOI Fiancé, quand il a fini un rouleau de papier hygiénique, pose le petit tube de carton désormais inutile sur le coffre de la chasse d'eau - place attitrée des rouleaux entamés - au lieu de le mettre dans la poubelle qui, je le précise, est elle aussi juste à côté du trône (oui, comme c'est un élément central de la vie quotidienne, il y a pas mal de choses à portée de main) ?

Parce qu'au cas où vous me suggéreriez de lui poser la question directement, sachez-le : il n'a pas de réponse valable à me donner.

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mercredi 6 septembre 2006

Pragmatique

Avoir la pannière de linge sale dans la salle de bain, c'est très pratique parce que ça permet de le trier pendant qu'on est aux toilettes. Le gain de temps est considérable.

Pas la peine de me dire que ça vole bas : je suis au courant.

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mardi 5 septembre 2006

Petits bonheurs du jour

1. se rendre compte que le travail pour lequel on s'était donné trois heures n'en prendra en fait que deux et quart ;

2. manger des sushis à volonté, même s'ils ne sont pas terribles (mais qui est capable de juguler une envie irrépressible de sushis au prétexte qu'ils sont seulement "pas terribles" ?) ;

3. obtenir des réponses claires aux questions que l'on se pose depuis des jours sur le fonctionnement mystérieux d'Internet, des hébergeurs et des scripts ;

4. rentrer chez soi à 22h30 alors qu'on est sur le pont depuis neuf heures du matin, et ne pas même se sentir fatiguée (juste un peu énervée) ;

5. voir qu'il fait beau (maintenant qu'on retourne au boulot, bien sûr, alors que le mois d'août a été complètement pourri) ;

etc, etc.

Et oui, vous l'avez constaté : c'est la rentrée et j'ai moins le temps d'écrire, du coup les notes se font plus brèves.

Pas trop grave, parce que je n'ai pas de magazine féminin marrant à décortiquer ce mois-ci.

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samedi 26 août 2006

Trop de vélo...

La petite douleur mal placée qui me tenait depuis quelques jours a enfin disparu.

Heureusement, d'ailleurs. Parce que je me vois mal débarquer chez mon médecin traitant favori en lui disant : "Voyez-vous, docteur, euh... comment dire... Eh bien, il se trouve que ces vacances, j'ai pu expérimenter le vieil adage bien connu de nos grands-mères selon lequel trop de vélo tue le clito."

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mardi 22 août 2006

En charge

Il fallait bien que ça arrive un jour : les vacances sont finies. Tout ce que j'avais soigneusement laissé pourrir dans un coin de ma tête pendant trois semaines revient donc en force, en d'autres termes : j'ai une tonne de trucs à faire et il faut que je m'y colle dès demain. La poste, la CAF, le boulot (hiiiiiiiiiiiiiiik), mon fournisseur Internet (incapable de me rendre l'ADSL depuis un mois et demi que j'ai signalé mon déménagement), bref, tous ces petits incidents quotidiens, toutes ces petites failles intimes qui rendent notre vie merdique au cas où on aurait décidé d'être heureux, bande d'impudents que nous sommes.

Je suis donc en charge en attendant que le glas de la rentrée sonne ; en l'occurrence, c'est prévu pour lundi prochain, ce qui veut dire que d'ici là je dois avoir réglé les détails pour m'attaquer au gros de l'affaire et songer à ce que je j'appellerai pompeusement ma carrière (c'est prétentieux mais ce terme me motive. On a tous en nous quelque chose de Sarkozy...).

Il se trouve aussi, et ce sera la bonne nouvelle du jour, que je suis dans une phase de fort taux d'inspiration littéraire et que deux-trois idées attendent d'être couchées sur le papier pour s'épanouir tout à fait. Ce genre d'instant béni est rare et toujours bon à prendre ; je n'ai pas l'intention de le laisser passer. Les pistes qui ne déboucheront sur rien atterriront fatalement ici, sous une forme ou sous une autre : c'est aussi fait pour ça, un blog... En attendant, je n'oublie pas le troisième et dernier épisode de ma revue de presse isaïenne du mois d'août (le numéro de septembre étant déjà en kiosque depuis longtemps, je me sens un peu à la bourre), ça devrait venir sans tarder. D'ici là, je vais aller me coucher, tiens.

Posté par Menille à 22:16 - Cher journal - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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