Comme promis, voici le deuxième épisode de notre saga estivale à succès :

Comment la presse féminine française essaie de rendre ses lectrices encore plus bêtes et soumises qu'elles ne l'étaient déjà.

Vous vous souvenez que j'avais - brillamment, d'ailleurs - dégommé un article du numéro d'août du magazine Isa, intitulé Tous ces garçons ont un point commun... ils ont peur des femmes et accompagné page 183 de sa perverse petite colonne 10 conseils pour ne pas effrayer un garçon.

Je vous propose aujourd'hui tout simplement de tourner la page en douceur (nous sommes en plein mois d'août, pas de mouvements brusques) pour découvrir avec moi, page 184, l'article intitulé Les hommes ont-ils un sixième sens sexuel ? qui se présente comme une étude quasiment scientifique des talents masculins en la matière, dans la mesure où l'auteur, je vous le donne en mille... est un homme. Forcément, on se dit qu'il sait de quoi il parle et donc on prend ses affirmations très au sérieux, bichette.

Je vous passe les expressions limite qui cachent probablement un second degré auquel, en tant que pauvre fille dépourvue de tout sens de l'humour, je n'ai pas accès, du genre : "Deux femelles excitées, parées de leurs plus beaux atours, lancent des signaux de disponibilité sexuelle..." en légende d'une photo où, personnellement, je ne vois rien d'autre que deux filles en soirée, en train de rire et de parcourir la salle du regard. Je vous passe aussi les assertions définitives et un poil gerbantes style "l'homme possède d'excellentes antennes pour repérer les femelles open". (Dans cette dernière phrase apparaît un mot qui figurait déjà dans la citation précédente. Sauras-tu le retrouver ?) Si l'objectif est de nous prouver que non, les hommes ne sont pas tous des obsédés sexuels et que non, les filles ne sont pas toutes de la chair à pieu, je crains qu'avec cette prose-là, ce ne soit voué à l'échec.

Pour votre gouverne, chères comparses du sexe faible (que l'auteur a manifestement la ferme intention de maintenir comme tel), les hommes savent donc sans une hésitation, rien qu'à vous regarder :

2. "... si vous aimez le sexe"

Certains vêtements ("pull en cachemire, talons hauts") et certaines attitudes ("corps souple mais pas ondulant, voix chaleureuse") nous désignent apparemment aux antennes masculines comme de bons coups. Conclusion de l'auteur : "rien n'est plus excitant pour un grand prédateur que ce gendre de défi !". Mouais. Et dites-moi, il ne lui vient pas à l'idée, au grand prédateur, qu'on n'a peut-être pas du tout envie de lui faire profiter de nos talents cachés au simple motif qu'on a mis un pull en cachemire et qu'on lui parle gentiment ?...

7. "... si vous êtes une proie"

Je crois que le mot est lâché. Le propos est clair : une fille qui vient d'avoir un gros malheur (déception amoureuse et perte totale de confiance en soi) est fragile et influençable ; nous sommes probablement toutes d'accord là-dessus. Là où les choses se corsent, c'est que pour le prédateur déjà mentionné, cette situation offre un seul - mais énorme - avantage : la pauvre petite est dès lors "prête à ouvrir [son] lit au premier venu pour un peu de chaleur humaine". Vous l'avez compris ; nos détresses intimes ne nous vaudront ni compassion, ni réconfort de la part des chasseurs, juste une nuit de loose supplémentaire et une grosse solitude au matin, agrémentée d'une dose de culpabilité et d'auto-dévalorisation sur le mode Mais décidément, je suis une vraie conne, je suis trop nulle, je ne mérite pas mieux, etc, etc. Le cercle vicieux peut durer un bon moment.

4. "... si vous êtes une princesse" (entendez par là que "vous avez l'habitude de plier le monde à vos caprices", pas que vous êtes une fille géniale, il ne faut pas exagérer non plus), 9. "... si vous êtes une tordue", 10. "... si vous êtes une allumeuse"

C'est drôle, je cherche désespérément les rubriques "... si vous êtes une vraie tête", "... si vous avez le coeur sur la main", "... si vous êtes la fille qu'on cherche depuis toujours", "... si vous êtes l'amie idéale", "... si vous êtes exigeante en matière de sentiments et donnez beaucoup en retour", mais je ne les trouve pas.

Alors, heureuses ?...

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Photo : Flossie Mahoney

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PS. Oh oui, au fait : j'ai craqué, bien sûr... Je suis allée chez le coiffeur hier (notez que j'ai réussi à tenir encore dix jours, ce qui est plutôt pas mal) et je suis très contente du résultat. Vraiment, oui.