Je m'apprêtais à écrire une note sur la question de l'identité. L'identité ethnique, nationale, religieuse, intellectuelle, que sais-je. L'appartenance à une communauté de pensée, d'intérêts et de tradition, quelle qu'en soit la nature. Et à dire que ce qui nous construisait, ce qui forgeait cette identité et donc nous disait qui nous sommes, nous enfermait aussi, nous incitait à nous replier sur nous-mêmes et sur nos semblables sans oser apprendre à connaître l'autre. Dans le verbe "définir", il y a "finir", c'est-à-dire "limiter".

Ce sujet ne me paraît pas tout à fait inintéressant. Pour tout dire, j'étais assez motivée et j'avais déjà quelques phrases en tête.

En arrivant chez moi vers midi, je constate que ma boîte aux lettres, située au rez-de-chaussée, dans le hall de l'immeuble, porte un signe étrange. Un signe indéchiffrable à mes yeux. Une série de lignes fines dessinant des triangles, des angles, des carrés en une figure dans laquelle je ne reconnais rien, aucun sigle ni symbole identifiable.

Ce n'est pas un accident. La boîte aux lettres est suffisamment à l'écart pour qu'on ne puisse la rayer en transportant par exemple un meuble ou un objet encombrant. J'ajoute que les lignes sont suffisamment droites, nombreuses et bien ordonnées pour qu'on puisse imaginer que la personne qui a fait cela y ait passé un petit peu de temps et ait agi de façon absolument délibérée et consciente.

Apparemment, ce n'est rien. Mais nous ne sommes que trois locataires et l'immeuble est protégé par un digicode.

Et ce n'est pas la première fois qu'on s'en prend à ma boîte aux lettres. Ni, du reste, à moi.

Je passe sur les épisodes du différend qui m'oppose depuis un an et demi à mon voisin du dessous. Voisin auquel, personnellement, je n'ai jamais rien fait, ne le connaissant pas au départ et n'ayant pas envie de m'y frotter par la suite. Mon premier contact avec lui a eu lieu le lendemain même de mon arrivée. La porte de ma boîte aux lettres avait été défoncée dans l'après-midi et j'ai sonné chez les autres occupants de l'immeuble pour savoir s'ils avaient vu ou entendu quelque chose. Il m'a confié que c'étaient ses copains qui avaient détruit la porte, avant de se rétracter quelques jours plus tard.

J'oublie de préciser que mon nom de famille est juif. Et que c'est la première question qu'il m'ait posée ce jour-là ("C'est un nom juif, ça, non ?...").

Mais le policier qui a pris ma plainte à l'époque me l'a bien dit : non non, cette question ne signifie rien, elle est innocente et à pur but informatif, qu'allez-vous imaginer là.

Bien bien bien.

Tout cela pour dire que je n'ai pas trop envie de réfléchir, là tout de suite. Un autre jour, peut-être.